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Étude du profil psychométrique WISC III de 273 enfants surdoués



















Présentation de l'étude


Si tester un enfant que l'on pense surdoué apporte une réponse individuelle à ses comportements particuliers et aux ques- tions éducatives que ceux-ci posent, il est aussi essentiel d'étudier un plus vaste ensemble de données et de les comparer avec d'autres études, afin d'affiner la représentation de cette catégorie de population singulière. Seul ce dialogue permanent entre le particulier et le général, entre la recherche et l'action, permet une plus juste compréhension des phénomènes plus ou moins perceptibles qui sous-tendent le surdouement. Seul il permet de sortir d'une interprétation simpliste du test pour en sai- sir toute la complexité et la richesse et, de là, de dispenser un meilleur accompagnement à la personne surdouée, pour dimi- nuer ses souffrances et, à sa famille, ses enseignants et aux divers intervenants, d'acquérir une vison plus réaliste.

Pourquoi publier une telle étude sur le WISC III, alors que le WISC IV est sorti depuis 2005 ? D'une part, il faut du temps pour collecter les données en nombre suffisant, d'autre part, le WISC IV, reprenant pour une très grande partie les épreuves du WISC III, les analyses restent pertinentes. Enfin, nous voulions affiner une étude (n=243), réalisée en 2003, en augmentant le nombre de sujets venant de psychologues différents, afin d'avoir un groupe de contrôle en sus du manuel du WISC III et con- fronter notre travail aux études publiées depuis 2003 auxquelles nous avons pu avoir accès. Les analyses et conclusions tirées de cette étude sont tout à fait transposables au WISC IV, une étude en cours sur cette nouvelle version, malgré un moindre nombre de sujets, allant effectivement dans le même sens.

Nous allons tenter, avec cette étude et pour cette seule population, de répondre à huit questions essentielles :
1- Le comportement de notre échantillon est-il conforme aux autres études ?
2- Le QIT est-il un indicateur fiable du surdouement intellectuel ?
3- Le seuil du surdouement doit-il se situer à QIT 130 (WISC III) ou à QIT 125 (Terrassier) pour rendre compte de la réalité et de la complexité des surdouements intellectuels ?
4- Quel est le sens des différences notables entre les échelles Verbale et Performance  ?
5- Quel est le sens des différences liées au genre ?
6- Y-a-t-il des différences liées à l'âge de détection ?
7-  L’écart QIV/QIP est-il un bon indicateur de l'homogénéité du profil ?
8- Y-a-t-il des associations significatives entre subtests ?



Study of the profile psychométric of 273 exceptionally gifted children

Traduction R.M.

If testing a child thought to be gifted brings an individual answer to its particular behaviors and to the educational questions brought by them, it is also essential to study a broader set of data and to compare it with other studies, to refine representation of this singular population category. Only this permanent dialogue between private individual and general, between research and action, allows a more accurate understanding of the more or less perceptible phenomena which underlie giftedness. It allows one to get out of simplistic interpretations of the test to take into account all of its complexity and richness, and, from there, dispense a better accompaniment to the exceptionnally gifted person, decrease its suffering and, to its family, teachers and diverse participants, to acquire a vision closer to reality.

Why publish such a study on WISC III, while WISC IV is out since 2005 ? First, one needs time to collect data in sufficient amount. Second, WISC IV still having a large amount of WISC III tests, analysis remains relevant. Finally, we wanted to refine a study (n = 243) realized in 2003  by increasing the amount of subjects - coming from different psychologists - to have a control group in addition to the WISC III textboox and confront our work with studies published since 2003,  which we were able to access. Analyses and conclusions pulled by this study are completely transposable to WISC IV, a currently undergoing study on this new version - in spite of a lesser amount of subject - going in the same direction.

We are going to try, with this study and for this sole population, to answer eight essential questions :
1- Does the behavior of our group comply to other studies ?
2- Is TIQ a reliable indicator of intellectual giftedness ?
3- Must the giftedness threshold be situated at TIQ 130 (WISC III) or at TIQ 125 (Terrassier) to report the reality and the complexity of the intellectual giftedness ?
4- What is the meaning of the notable differences between Verbal and Performance scales ?
5- What is the meaning of sex-related differences ?
6- Are there differences related to age of detection ?
7- Is the QIV / QIP distance a good indicator of the profile's homogenity ?
8- Are there significant associations between subtests ?


Présentation des données générales


Méthode
Nous avons sélectionné, à partir de 1274 dossiers de passation sur le WISC III,  273 dossiers, de manière aléatoire par ordre patronymique alphabétique. Ils sont issus, pour 243 d'entre eux de deux psychologues (PA et PB) particulièrement avertis des spécificités du surdouement intellectuels et pour les 30 restant de psychologues divers (PX). Les tests ont été effectués entre 1986 et 2001. Le nombre de 273 ne répond que du temps alloué à cette recherche. Nous avons confrontés nos résultats, d'une part avec l'échantillon enfants précoces du manuel du WISC III (n = 80) et, d'autre part avec l'étude de Bessou et alter (n = 245) (1) et celle de Nicoletta Kostogiani et alter (n = 98)  (2).
       Contrairement aux autres études, nous n'avons pas retenu comme seuil d'entrée un QIT à 130 (2,27% de la population (3)), ni celui choisi par Terrassier : QIT 125 (4,78% de la population (3)). Nous avons opté pour un seuil à 125 à l'un des trois QI : QIV ou QIP ou QIT, afin de ne pas risquer de laisser de côté les enfants surdoués les plus en difficulté en raison de profils hétérogènes et de tester les différents seuils comme déterminant du surdouement.


Origine géographique et CSP

Notre échantillon couvre essentiellement la région Grand-Ouest et, pour quelques dossiers, la région parisienne ou autres. Cette localisation correspond historiquement au développe- ment de l'ANPEIP-Centre entre 1994 et 2000, puis de l'APPSIS entre 2000 et 2002. Il ne s'agit donc pas d'un choix délibéré, mais de la collection de tests ainsi réunis.

De même nous n'avons pas tenu compte des CSP, notre expérience, conforme en cela à de nombreuses études, montrant le peu d'influence de ce critère sur les scores obtenus par les enfants. Le surdouement est représenté dans toutes les couches de la population générale, comme sur la totalité du territoire.


Origine des données

Ces données ont été recueillies parmi les quelques 2391 tests réalisés, entre 1996 et 2001, dont 1274 WISC III par les psychologues des associations ANPEIP-Centre et APPSIS. Sur ces 1274 tests, 53,68 % , soit 684 répondait à nos critères de seuil. Nous avons sélectionné 167 tests réalisés par la psychologue la plus expérimentée et d'audience géographique la plus large (PA), avec deux groupes de contrôle, l'un PB venant d'un psychologue-expert et le second PX constitué de 30 dossiers de psychologues tout-venant .





Les différences entre les différents psychologues tiennent du hasard des demandes et de l'ordre alphabétique. La tranche 14-16 ans est la moins bien représentée. Les demandes de test interviennent relativement tôt et correspondent en gros aux clas- ses du primaire avec deux gros pics : CP-CE1 et CM1-CM2. Ce qui indique que les problèmes comportementaux apparaissent, le plus souvent, dès l'entrée en primaire, car sur les 2 391 dossiers de test collectés, quand le WISC totalise : 82,18 %, la WPPSI ne représente que : 11,04 % et la WAIS 6,77 %.






La répartition des QIT par tranche et par psychologue ne montre pas de grosses dif- férences pour les tranches 110 à 139. Les écarts se creusent sur la tranche 140/149 : moindre répartition géographique du groupe PB et pour la tranche 150/159 plus large audience territoriale du groupe PA. La répartition est tout à fait comparable à celles des autres psychologues des deux associations, faite par sondage.

Distribution des âges

Les données se répartissent ainsi :


n273
WISC III
Bessou
Âge médian : 10,09 ans
11 ans
8,43 ans
Limites :
6/16,9 ans 6/16,9 ans 5 à >12 ans
Médian Filles :
9,53 ans -
8,17 ans
Médian Garçons :
10,21 ans -
8,52 ans

Les différentes tranches d'âges couvertes par le WISC III sont donc représentées dans notre étude. Les filles sont un peu plus jeunes que les garçons. La détection s'avère assez précoce (en primaire) pour plus de 50 % des enfants.
Mais, si l'on compare les données en âge des différentes sources, en regroupant les tranches selon l'étude Bessou (la courbe du WISC III étant plate par définition), l'on se rend compte d'une sur-représentation des tranches 6/8 et 8/10, très forte chez Bessou et alter et d'une très forte sous-représentation de la tranche des plus de 12 ans. Il semble n'y avoir là aucun biais, mais seulement un résultat conforme à la demande de test. Sans doute à rechercher dans un échantillon plus large géographiquement (Grand Ouest) quand l'étude Bessou est restreinte à la région lyonnaise et inclut un service hospitalier (psychopathologie infantile : pathologies présentes ?). Ces différences ne seront pas sans effets dans la suite des comparaisons. Cependant, elles n'invalident aucune des études.     
      Contrairement au WISC III, elles ne cherchent pas une représentations statistique nationale exhaustive, mais la description du comportement au test d'un échantillon re- présentatif des demandes d'évaluation d'une population donnée.
Malgré les différences, ces deux études se retrouvent sur la précocité de la détection, en raison de difficultés scolaires et/ou de comportement, première cause de consultation. Qu'elles se produisent tôt dans le cursus scolaire est favorable aux aména- gements, quand ... ils sont admis par les enseignants.


Ratio des genres

Les études habituelles cherchent, avec raison, à définir un panel statistiquement re- présentatif de la population générale. Tel n'est pas notre propos, mais celui de repré- senter au plus près la situation de la population testée.
     Les groupes PB et PA sont proches, il s'agit de psychologues spécialistes du sur- douement ; le groupe PX accuse un déficit en filles.
     Il nait, en France, 105 garçons pour 100 filles, soit un ratio de 1.05, mais, les gar- çons semblant plus fragiles, à 25 ans il s'équilibre.
       Le WISC III fait état de 22 filles pour 58 garçons soit 37,93 % de filles.
     Si l'on étudie le ratio des genres entre les deux études, nous retrouvons bien la prépondérance des garçons, mais l'étude Bessou souffre d'un fort déficit des filles dans la tranche d'âge des 12 ans et plus, comme du déficit global de cette tranche d'âge, ce qui ne sera pas sans répercussion dans la suite des comparatifs entre les deux études. Nous devrions pourtant avoir sensiblement autant de demande de test pour les filles que pour les garçons. La sur-représentation des garçons est donc générale et s'avère bien spécifique de la population surdouée. Cependant, l'ex- plication donnée, en 1981, par Terrassier (5), selon laquelle les parents seraient moins attentifs aux études des filles, donc moins enclins à faire tester celles-ci, ne tient pas, nous verrons pourquoi par la suite.




Analyse des données psychométriques


Analyse par les QI

Le manuel du WISC III ayant montré qu'il y avait une spécificité des résultats au test des personnes surdouées par rapport à la population générale, il était donc essentiel de voir si notre échantillon répondait des mêmes spécificités, de situer et de mesurer les écarts éventuels par rapport à l'étude du WISCIII enfants précoces et à l'étude Bessou et de proposer des explications quant aux différences apparues. Enfin, il nous semblait nécessaire d'interroger les notion de profils (c'est-à-dire la courbe de réponse aux différents items composant le champ du test), de seuil (c'est-à-dire le nombre discriminant l'appartenance ou non à cette spécificité : QIT à 125 ou 130 ou 125 à l'un des trois QI ou s'affranchir du QI au bénéfice des notes standard), de QI (V, P ou T, comme représentation d'un état particulier) et d'homogénéité/hétérogénéité des résultats.


Distribution des QIT

Notre étude suit assez bien la courbe de Gauss, tandis que l'étude Bessou et alter présente une sous-représentation des sujets 150/159 et une sur-représentation de la tranche 130/139, ce qui ne manquera pas d'influence sur le reste des comparatifs.
    
L'ensemble des sujets ayant un QIT < 125, mais obtenant soit un QIV, soit un QIP ≥ 125 représentent 31,14 % de notre échantillon, ce qui est considérable. Il s'agit de profils hétérogènes. Leur dénier tout surdouement, au nom d'un QIT< 125 ou 130 serait d'autant plus pernicieux qu'il s'agit de sujets en difficulté personnelle et/ou sco- laire et donc ceux qui ont le plus besoin d'aide, en raison de blocages ou d'inhibition à l'expression globale de leurs aptitudes ou de certaines d'entre elles, souvent tôt ve- nus en raison de pression normalisatrices, le plus souvent scolaires.
       Les 13,7 % de sujets ≥ 150 du WISC III sont proches de nos 10,26 %.
       Les QIT de notre étude s'étagent de QIT 113 à QIT 159.

Profil en termes de QI T, V et P

Le QIT et les QIV et QIP étant retenu par la plupart des auteurs comme discri- minants de l'appartenance ou non au champ du surdouement intellectuel, nous commencerons donc par étudier ces nombres symboliques au regard des deux autres études : WISC III et Bessou.

D'entrée, l'on peut remarquer que les courbes des trois sources suivent le même type de profil : prédominance de l'échelle verbale au détriment de l'échelle instru- mentale (6). On peut noter :
1- Que les études WISC III et Bessou, avec le même seuil à QIT 130, voi- sinent sur le QIV, mais diffèrent de 4,8 points sur le QIP (sujets pathologiques dans cet échantillon ?).
2- Que, malgré la différence de seuil (125 à l'un des trois QI), notre courbe suit bien le profil du WISC III, avec une baisse logique des valeurs et un écart régulier : QIV : 5,13, QIP : 4,8 et QIT : 4,44, quand l'étude Bessou se mon- tre beaucoup plus irrégulière, respectivement : 0,56 - 4,8 - 2,43.

Il semble bien que dans la détection des surdouements intellectuels, l'échelle ins- trumentale offre une stabilité moindre que l'échelle verbale et signerait là, pour cette population, non une zone de moindre efficience, mais de fragilité d'expres- sion des aptitudes en raison des pressions normalisatrices, notamment du milieu scolaire. Nous reviendrons sur cet aspect des choses dans le cours du dévelop- pement, de nombreux indices validant cette hypothèse.


Une prédominance verbale

Le WISC III indique une prédominance verbale de 23,8% contre 50,9 % sur l'ensemble de son échantil- lon. Il s'agit donc là d'une caractéristique importante des personnes surdouées.
      Il faut cependant discriminer entre une prédomi- nance absolue et à un écart-type (12 pts), dans ce cas 59 % des enfants présenteraient un profil apparem- ment homogène, mais nous verrons que l'hétérogéné- ité peut être masquée par les QI (par effet des moyennes). 29 % des enfants présentent une prédominance ver- bale forte (valeur proche du WISC III, malgré la différence de seuil), marquant l'aisance orale des enfants surdoués.
        Mais 12% de l'échantillon montrent une  prédominance instrumentale, leur moindre attrait ou performance pour le discours risque fort de les faire passer inaperçus en raison d'une attention trop axée sur l'aisance verbale en terme de surdouement. Cette population n'est donc pas homogène, il faut en tenir compte.


Influence de l'âge sur l'écart QIV/QIP

L'âge de détection semble avoir une incidence, non sur le QI Verbal qui reste relativement stable, mais sur le QI Performance. Ce qui plaide en faveur d'une détection précoce qui éviterait que ne perdure trop longtemps le sous-investisse- ment de certaines aptitudes (instrumentales) et les souffrances dues à l'incompréhen- sion des particularités de l'enfant. La chronicisation du stress ne peut qu'aggraver les choses, voire mener l'enfant à la pathologie sociale et/ou psychique.

Il semble donc que l'échelle Verbale constituerait une zone plus stable, tandis que l'échelle instrumentale serait beaucoup plus sensible aux effets de pressions du milieu (en lien avec Compréhension) et de la normalisation à la moyenne au fur et à mesure que l'âge de la détection augmente. Notre étude sur la WAIS (en cours) démontre la même déperdition, parfois très importante sur cette échelle.

Cette déperdition sur l'échelle instrumentale renforce notre position sur le seuil, considérant le test comme un outil au service de la compréhension de la personne et de base pour une aide ciblée et non comme un couperet de concours : à 130 (vs 125) on serait surdoué, à 129 (vs 124) on ne le serait plus !


Écart QIV / QIP  et Homogénéité ?

On considère, en général, un QI comme homogène quand l'écart QIV/QIP est inférieur ou égal à 12 points (1 écart-type). Ce qui indiquerait donc un faible écart de la distribution des notes standards.
        En prenant les 162 sujets (59,34 %) de notre échantillon ayant un écart ≤ 12 points, nous avons recherché la distribution des notes standard. Pour le groupe ayant un écart QIV/QIP ≤ 12 pts (ce qui représente 7,5 % d'une échelle à 160), l'empan des notes standard varie de 3 pts (soit 15 %) à 13 pts (soit 68,42 %) d'une échelle à 19 pts, avec une moyenne de 7,66 soit 40,31 % de l'échelle, ce qui est beaucoup pour un profil pourtant considéré comme homo- gène. L'écart QIV/QIP considéré comme discriminant homo/hétéro- généité n'est donc fiable qu'à la seule condition que les deux échelles soient elles mêmes homogènes.
        Par contre, si un faible écart QIV/QIP ne signe pas obligatoirement un profil homogène, un écart important (> 12-15 points) marque bien une hétérogénéité manifeste.


Quelle hétérogénéité ?

Nous avons vu que l'âge influe sur  l'écart QIV/QIP, qu'en est-il plus globalement ? Cet écart est donné comme indicateur de l'homogénéité intellectuelle de l'enfant testé. Le WISC III signale que cette différence est égale ou supérieure à 12 points pour 45% de leur échantillon (seuil à QIT 130). Qu'en est-il avec notre choix de seuil ?
     Il ressort que 44,32 % de notre échantillon montre un écart ≥ 12 pts, valeur très proche du WISC III, malgré l'abaissement du seuil. Ce qui conforte notre choix. Mais, 13 % ont des écarts allant jusqu'à 3 fois la valeur et plus, signant les enfants les plus en difficulté. Nous faisons nôtres les conclusions de l'étude Kostogiani et Daoudi :
« Un écart important entre les QIV-QIP ne devrait pas être interprété comme étant indicatif d’une organisation psychopathologique. »

Grégoire (5) considère qu'au delà de 12 points, la valeur du QIT n'est plus pertinente et qu'il faille se reporter sur les notes standard. Il semble donc que seule l'étude attentive du profil intellectuel (notes standard), pour cette catégorie soit la plus pertinente.


Hétérogénéité et estime de soi

Selon notre étude SEIn97 (voir Comprendre) à partir du Coopersmith, 54% de notre population montre une estime de soi, basse ou très basse. Nous avons donc recherché s'il y avait une relation entre ces résultats et les données du Wechsler.

Après avoir isolé un groupe de 44 sujets, choisis de façon aléatoire, nous avons sondé plusieurs valeurs, il ressort que le niveau d'estime totale est en raison in- verse de l'hétérogénéité du profil. Il est donc évident que, malgré les disparités indi- viduelles, globalement l'estime de soi est fortement tributaire du niveau d'homo- généité du profil intellectuel.

On peut, en effet, concevoir que la concomitance de réussites dans certains domai- nes, d'échecs ou de moins bons résultats dans d'autres, selon que les capacités sont ou non mises en œuvre en raison de stimulations ou de blocages, produit une perte de confiance en soi d'autant plus sévère que l'écart est plus grand.

L'expérience nous montre que la levée des ces inhibitions ou blocages restaure rapidement l'estime globale de soi.






Analyse par les notes standard : le profil intellectuel


L'étude des QI n'apportant pas de réponses assez fines, et compte tenu du nombre important d'enfants au QI hétérogènes, suivant les préconisations du Pr Grégoire, nous nous sommes intéressés à l'ensemble des notes standard comme plus révélatrices du fonctionnement intellectuel des enfants surdoués, puis à certaines épreuves présentant des particularités bien spécifiques de cette population.


Signification des épreuves du WISC III

Afin de mieux comprendre l'étude des profils, il est nécessaire de rappeler les capacités mesurées par le WISC III :

Subtests
Échelle Verbale
Information Connaissances de sujets tout-venant.
Similitudes Conceptualisation, logique, abstraction et synthèse. Indépendant du scolaires et du milieu socioculturel.
Arithmétique Exécution orale de problèmes. Mémoire de travail. (Seule épreuve chronométrée).
Vocabulaire Définition d’une série de mots. Richesse lexicale.
Compréhension Compréhension des comportements sociaux. Acquisition des conventions sociales et sens moral.
Subtests Échelle Instrumentale Toutes ces épreuves sont chronométrées
Complètement d’images Contrôle attentionnel et mémoire de travail. 
Code Attention, mémoire de travail et capacités d’apprentissage et possibilités graphomotrices
Arrangement d’images Planifier et organiser des séquences temporelles.
Cubes Capacités visuo-spatiales et de raisonnement, suppose une habilité motrice.
Assemblage d’objets Organisation spatiale.

Ne sont pas pris en compte les subtests facultatifs qui ne sont pas passés avec une assez grande fréquence.


Profil en termes de notes standard

Nous n'avons pris en compte que les 10 subtests retenus pour le calcul du QI, en laissant de côté les subtests facultatifs, ceux-ci n'étant pas régulièrement passés. L'étude des notes standard fait apparaître, quelles que soient les sour- ces, un profil similaire, bien caractéristique des personnes surdouées et très différent du profil de l'étalonnage général du WISC III. Comme dans le graphi- que précédent, on note une forte prédominance de l'échelle verbale au détri- ment de l'échelle instrumentale. Les deux études suivent bien le profil global "enfants précoces" du WISC III, bien que présentant des différences de niveau dues aux différences de seuils et d'échantillonnage. Quant aux différences avec le WISC III, nous posons les hypothèses suivantes :

Items/Études
Bessou
N 273
Informations
inhibition/normalisation
inhibition/normalisation
Similitudes
échantillonnage -
Arithmétique
inhibition/normalisation/stress
inhibition/normalisation/stress
Vocabulaire
-
Effet de seuil à 125
Compréhension
échantillonnage
-
C. Images
-
Effet de seuil à 125
Code
échantillonnage
Effet de seuil à 125
Arr. Images
-
-
Cubes
manque de QI ≥ 150
-
Ass. Objets
manque de QI ≥ 150 -

La conformité globale de courbe avec celle du WISC III "enfants précoces" valide notre choix de ne pas retenir le seuil à QIT 130 comme critère exclusif  discriminant un surdouement intellectuel.


Quel discriminant : profil ou QIT ?

Nous venons de voir que le profil (courbe des notes standard) présente une structure bien caractéristique du surdouement et similaire quelle que soit la source. Il est temps maintenant d'étudier cette même courbe sur l'en- semble de notre échantillon, par tranche de QIT.
       Point besoin d'être grand clerc pour s'apercevoir de la similitude des courbes de QIT 110 à 160, avec pics et creux situés sur les mêmes subtests, seul le niveau baisse, mais quelques irrégularités apparais- sent sur Complètement d'images (tranche 110/119) et sur Assemblage d'objets (tranche 120/129).

Si la courbe est bien significative du surdouement intellectuel, ce que montre le manuel du WISC III et que confirment l'étude Bessou et la nôtre, cela remet fortement en question les QI comme seuls discrimi- nants du surdouement, tout comme les seuils à 130 ou à 125.

Pour les QIT<130, il y a lieu d'étudier finement le profil de la courbe des notes standard pour déterminer la surefficience intellectuelle. Cela ne remet pas en cause la pertinence du Wechsler, bien au contraire, mais implique une lecture attentive de l'ensemble des notes et non de se con- tenter d'émettre un avis sur la seule foi des QIT, V ou P. L'on évitera ainsi de laisser de côté les personnes surdouées manifestant des inhibi- tions ou des blocages sur tel ou tel subtest qui peuvent faire baisser drastiquement les QI, quand ce sont celles qui ont le plus besoin d'aide.
   
Le QIT à 130 n'a qu'une valeur statistique, il n'est que le symétrique du seuil admis pour la déficience intellectuelle, soit à 2 écarts-type de la moyenne, soit : 2,27 % de la population. Le QIT à 125 n'est pas plus parlant. Autant le profil intellectuel est significatif du fonctionnement de la personne, autant les trois QI n'en disent pas grand chose, ils ne font que situer le sujet sur une échelle, ce qui est très insuffisant en terme de compréhension de la personne et d'ajustement éducatif ou scolaire.


Profil par psychologue

Les choses devenant plus précises, il nous a semblé pertinent d'inter- roger les courbes des résultats obtenus en fonction des différents psy- chologues et des différentes études.
         Toutes les courbes suivent bien le type de profil du WISC III, nos deux groupes PA et PB également, hors les trois derniers items, en raison de la plus forte proportion de QIT de très haut niveau : 150 et plus, dans le groupe PA.
        Chez Bessou la sur-représentation de la tranche 130/139 surcote Similitudes et Compréhension et ce dernier également pour PX en raison de la tranche 140/149.
        On observe que les trois derniers items indiquent une zone plus discordante et certainement liée à la proportion plus ou moins élevée de très hautes aptitudes (PA), mais peut-être aussi à une certaine fragilité de ces aptitudes pour cette population.

Il ne semble donc pas y avoir de grosses disparités en fonction des dif- férents psychologues ou des études, sinon les courbes auraient des pro- fils plus divergents, les différences tiennent à la composition des échan- tillons (âges, sexe, nombres) bâtis (sauf le WISC), non selon les canons statis- tiques de composition, mais sur la demande de test



Profil et genre

Quelle est l'influence du genre sur la courbe des profils et les valeurs des notes standard et note-t-on des différences signifi- catives entre les deux études?
       Malgré la plus faible représentation des filles, il était important de mesurer les différences éventuelles et de voir sur quels subtests elles apparaissaient. Si les deux courbes F et G suivent le même profil, elles diffèrent essentiellement sur le Code, avec un écart important : 1,97 points, soit 10,36 % de la cotation sur 19 et à plus d'un écart type du WISC III Sd (1,07).
        Le WISC III est muet sur le sujet.
       L'étude Bessou et alter fait état d'une moindre différence, mais en raison vraisemblable du faible nombre de filles sur les tranches 10/12 ans et >12 ans et du choix d'un seuil à 130, le Code chutant plus fortement à partir des QIT 130  (Voir graphique Profil QIT). Nous reviendrons spécifiquement sur cette chute au Code.



Si la différence de seuil, en dehors du niveau, ne change guère le profil global de la courbe, les différences s'amplifient nota- blement. Du fait d'un plus grand nombre de sujets et d'une plus large et meilleure répartition des différents QIT, notre courbe montre moins d'écarts internes, hors Code. Restent stables, avec de faibles écarts dans les deux courbes : Similitudes, Com- préhension, Complètement d'images, Cubes et Symboles. Par contre, chez Bessou, les écarts se creusent sur Information chez les filles et sur Arithmétique chez les garçons (moins bonne répartition des QIT ?).
        Le seuil à 125 fait chuter Information chez les garçons, mais dans les deux courbes les filles sont plus sensibles sur ce point, l'inhibition semble donc plus forte chez les filles, mais leur niveau de stress (Arithmétique) moins fort que chez les garçons. Quant à Code, s'il est de niveau très voisin chez les garçons des deux études, il apparaît que la baisse du seuil renforce de beaucoup l'écart filles/garçons. En dehors du Code, les écarts, sont moindres et situés sur Information, Similitude, Vocabulaire et Arrangement d'Images. Nous traiterons spécifiquement de la chute à Information et Code.
        Les écarts n273 sont faibles en QI, jouant surtout sur le QIP, en défaveur des garçons (Code plombant le QIP) :


QIV QIP QIT
Filles 132,60 131,04 137,08
Garçons  133,41 128,06 136,20
écart
0,81
2,98
1,6


Profil et âge

Nous avons vu qu'il y avait une déperdition des valeurs en fonction de la montée en âge. Restait à déterminer les zones les plus touchées (au delà d'1 point d'échelle, soit 5,26%) en comparant la tranche 6/8 ans et la tranche 14/16, puisque c'est là que la baisse est la plus importante.
       La baisse concerne toute l'échelle instrumentale avec une chute plus forte (-10,63% de l'échelle) sur le Code. C'est sans doute là que les pressions de normalisation scolaire sont les plus fortes. De plus, par construction ce subtest ne demande que l'application d'une consigne et ne présente aucun intérêt pour l'enfant surdoué, d'autant qu'il est soumis au chronomètre. Arithmétique (-5,10%) relève également du même désin- térêt, car trop proche du système scolaire et également soumis au temps. Arrangement d'images perd 8,36% (toujours la notion de temps ?).
      Par contre, Similitudes se renforce (+7,99%) sur la seule tranche 14/16. La hausse à Compréhension (+12,8%) est importante et continue de 6/8 à 14/16 ans (14,8 - 15,78 - 16,02 - 16,81 - 17,24). Nous verrons, ci-après, les effets de cette hausse.
        Chez Bessou, Similitude est en baisse et Compréhension irrégulier. Après vérification de notre échantillon avec un seuil à 130, les effets demeurent les mêmes, mais atténués. Ces différence semblent dues à la différence d'échantillonnage.
      Serait-ce-à-dire que ces résultats infirmerait la validité du WISC III sur la durée, comme le suggère l'article de Mme Jeanblanc, certainement pas, mais simplement que l'environnement et les tentatives de normalisation sociale pèsent d'autant plus que l'âge augmente, ce que nous vérifierons spécifiquement à propos de Compréhension.



Trois cas particuliers : Code, Arithmétique et Compréhension



La chute au Code

La chute typique au Code chez les enfants surdoués, par sa permanence, impose d'affiner les choses. Seulement 26 % des enfants ont un Code inférieur à un écart-type à leur moyenne des notes standard, et 47 % supérieur à 2 écarts-type ce qui est beau- coup. Plus important, 25,27 % des enfants surdoués ont un Code inférieur à 10.
       Malgré l'effet de seuil, nos résultats sont très proches de ceux de l'étude Bessou. Par contre, du fait de la présence supérieure de très hauts QI, la moyenne des filles augmente. L'écart F/G  se situe à 1,97 points.

Code
 WIII
 Bessou 
 N273
 Moyenne
12,8
11,45
11,48
 Filles
-
12,03
13,10
 Garçons
-
11,24
11,13


La distribution par QIT, en % de sujets par tranche de QI, montre que la chute supé- rieure ou égale à 2 écarts-type est majoritaire jusqu'à la tranche 150/159, avec cepen- dant une dégression au fur et à mesure que monte le QIT. Les tranches 110 à 139 sont fortement pénalisées. Cette chute au Code pénalise fortement le QIP.

 
L'empan des notes au Code reste très fort quel que soit le QIT, de 11 à 13 points sur une échelle de 19 !  La chute au Code plombe fortement l'Indice de Vitesse de Traite- ment (IVT), surtout au WISC IV. Mais, Il ne faudrait pas confondre vitesse de pen- sée et vitesse de traitement ou de rendement. Un enfant surdoué pense très vite, mais la vitesse scolaire ou de restitution est fréquemment plus lente en raison de plu- sieurs facteurs ralentisseurs du passage à l'acte :
1- Recherche de complexité, soit là où il n'y en a pas pour donner de l'intérêt au travail, soit parce qu'il n'imagine pas que cela ne puisse être aussi simple.
2- Évasion dans la rêverie par manque d'intérêt du travail, surtout  répétitif.
3- Pensée en arborescence ou en profondeur stimulée par la commande.
4- Contournement des lacunes accumulées par ennui scolaire.
5- Désintérêt : s'y mettre le plus tard possible, attendant d'avoir le dos au mur.
6- Blocage psychoaffectif avec l'enseignant ou les camarades


Est-ce-à-dire qu'il faille supprimer ce subtest (A. Adda), d'ailleurs faiblement corrélé au facteur "g", cela ne nous semble pas une bonne solution. Il est vrai que ce subtest offre peu d'intérêt pour les enfants surdoués : application d'une consigne, chrono- métrage stressant, rien de stimulant et très proche du domaine scolaire par construction. Contrairement aux indications du WISC III, il nous semble, pour cette population, peu corrélé avec la capacité d'attention (Complètement d'image est à 13,75) ou la graphomotricité (Symboles est en moyenne à 2 points de plus) : l'expérience nous a montré que les suivis en psychomotricité ne sont pas d'une grande efficacité, les problèmes d'écriture des enfants surdoués ne relevant pas tant du graphisme que du passage à l'écrit : lenteur par rapport au verbal pour suivre une pensée fulgurante, irréversibilité de l'écrit, absence d'interlocuteur, etc. Par contre, il semble très révélateur de l'adaptation scolaire. En cela, il est fort utile.

Toutes les études montrent que les filles ont un bien meilleur rendement scolaire que les garçons et quel que soient les niveaux d'études, les âges et les pays, au choix  : France (8) ou Canada (9), etc.  :

Réussite en France
Garçons Filles
Niveau  BAC
64,0 %
76,0 %
Réussite au baccalauréat
57,0 % 71,0 %
Bac+2 et plus 37,0 %
50,2 %
Licence
21,0 % 32,0 %

Il semble donc que cet avantage au Code des filles marque bien plus leur meilleure adaptation scolaire qu'une meilleure écri- ture et expliquerait également le faible nombre de filles au test, mieux adaptées elles se font moins remarquer et non en raison d'un manque d'attention des parents à l'égard des études des filles (Terrassier).

Code reste donc pour les enfants surdoués, un excellent indicateur, non de capacités intellectuelles supérieures (à cause de sa construction même) et de graphomotricité (les suivis en psychomotricité sont de peu d'effets), mais de l'adaptation scolaire et donc de la réussite en ce domaine, dont il serait un indicateur majeur.


La chute en Arithmétique : temps et genre

L'autre chute relative classique : Arithmétique méritait aussi quelques égards. Le WISC III est muet sur ce point. L'étude Bessou montre une différence de 1,57 points entre garçons et filles, la nôtre un écart de seulement 0,46 points (Filles 13,94, Garçons : 13,48), les deux au bénéfice des filles. La différence d'étalonnage surtout sur les hauts QI, les plus âgés et de la proportion de filles explique la différence entre les deux études.
      Là aussi, la construction même du test - très proche du scolaire - génère une réti- cence de la part des enfants surdoués quand ils sont (et c'est souvent le cas) en mésadap- tation avec l'enseignement délivré.

Mais, il y a une autre raison, c'est le seul subtest de l'échelle verbale chronométré. Or, le graphique ci-contre indique bien la sensibilité au chronométrage entre les subtests soumis au temps et les autres. Les garçons y étant un peu plus sensibles que les filles.

Souvent en sus des capacités mathématiques, voilà un bon indicateur de la sen- sibilité au stress, comme de la mésadaptation scolaire.


La hausse de Compréhension

Nous avions noté la hausse régulière de ce subtest avec l'âge (Voir : Profil et âge) et cherché la raison de cette hausse. Dans notre étude sur les fratries, il ressortait que les aînés bénéficiaient, quel que soit le nombre de la fratrie, d'une plus value sur ce point. Il nous semblait donc que le statut dû au rang et l'expérience de l'âge (voir : Profil et âge) amenait une plus longue exposition à la pression sociale de normalisation.
      Nous avions noté individuellement depuis longtemps, la corrélation inverse fré- quente entre Compréhension et Information. Elle se vérifie et indiquerait un lien entre inhibition et intégration des normes sociales.
       Plus l'âge avance et plus la pression de normalisation se fait pesante et impose à l'enfant de masquer ce qui fait sa différence visible (connaissances supérieures et curiosité encyclopédique), afin de mieux être accepté par son groupe ou ses enseignants. Seule- ment la compréhension des normes sociales de l'enfant surdoué reste très idyllique et logique et s'accorde mal avec les applications quotidiennes peu conformes qu'en font les pairs ou les adultes, d'où une grande sensibilité à l'injustice. 
Kostogianni, Daoudi et alter (11) :

« Le RSI met en évidence dans le groupe de surdoués verbaux une dévalorisation de soi (indice EGO) qu’ils abordent de façon très intel- lectualisée (Hx>0). Les surdoués verbaux montrent moins d’intérêt pour les autres (H<2 ; COP<2 et AG<2) et éprouvent plus de difficultés dans les relations interpersonnelles (CDI>3) que les surdoués globaux. »

Ce moindre intérêt chez les surdoués à prédominance verbale vient très vraisemblablement du fait de l'hétérogénéité de leur profil qui entraine une dévalorisation (Voir : hétérogénéité). Cette inhibition de l'expression d'une aptitude (qui reste cependant latente, fait déjà signalée par A. Gauvrit) (7) au nom de l'acceptation sociale est encore plus fréquente chez les filles que chez les garçons.
       Cette inhibition se vérifie sur le SEI (Voir : graphique)  avec la perte de l'image intrinsèque de soi, mais elle peut se lever avec des actions ciblées et la diminution de la pression de normalisation.




Un autre mode de calcul

D'après les tables du WISC III, la somme des notes pour obtenir un QIT de 125 est de 132, soit pour 10 notes une moyenne de 13,2. Arrondissons à 13, les notes standard étant des nombres entiers. Donc, toute note ≥ 13 serait significative d'un surdouement à QIT 125 (hors Code trop peu chargé en facteur "g").

Les courbes suivent bien le même dessin quel que soit le seuil choisi, nous observons une perte (nombres en brun) modulée selon les items entre QIT 130 et QIT 125, l'abaissement du seuil n'ayant pas la même incidence partout.

Le profil des notes <10 montrent le poids d'Arithmétique et de Code, il y a là deux zones de fragilité particulière que nous lions respectivement au stress et à la mésadaptation scolaire, l'une en raison du chronométrage, l'autre par sa construction même : il ne présente que peu d'intérêt pour les personnes surdouées (répétitif, application stricte d'une consigne, passage à l'écrit), et tous deux d'apparence trop scolaire pour des enfants en mal avec cette institution.

Les écarts les plus importants se situent sur Information, Arithmétique, Voca- bulaire, Arrangement d'images, Cubes et Assemblages d'objets. Par contre, Similitudes, Compréhension et Complètement d'images sont les subtests qui se préservent le mieux.

L'inhibition de l'expression d'Information et de Vocabulaire (aptitudes qui restent cependant latentes) est en lien direct avec Compréhension qui signe la pression de normalisation (exo) ou de conformation (endo).

La réussite des tests instrumentaux implique la manipulation d'objets et im- pose donc une certaine habilité psychomotrice. Or, la prédominance, l'aisan- ce verbale et le développement de l'intellect très en avance sur le dévelop- pement psychomoteur de l'enfant, provoque non un manque de capacités motrices (normales par rapport à son âge), mais une réticence de l'enfant quant à l'utilisation de ses aptitudes manipulatrices qu'il ressent comme moins éle- vées et donc moins faciles et moins rapides d'utilisation (peur de l'échec).
        Cubes offre deux particularités contradictoires :
1- Pour les sujets très inhibés, c'est souvent le subtest le plus élevé en raison de son absence de référence scolaire et de son aspect ludique.
2- Certains enfants le chutent justement à cause de cet aspect ludique attendant d'y exercer leur inventivité ou leur créativité, alors qu'il s'agit simplement de reproduire un modèle, d'où rapide désintérêt.



Du WISC III au WISC IV

Malgré les changements advenus sur la composition du test, certains items restant identiques, il était intéressant d'observer sur un échantillon-test réduit les écarts entre les deux versions en terme de profil. Nous avons repris la même méthode : un seuil à 125 à l'un des quatre indices (IVT,IRP, IMT, IVT) et/ou au QIT. L'échantillon-test comprend 22 sujets, 17 garçons et 5 filles (77% et 23%), la moyenne d'âge se situe à 8,80 ans avec une fourchette de 6/16 ans. Le QIT moyen est plus élevé : 141,14 que sur les WISC III :  136,36. Le faible nombre de sujets n'implique qu'une indication de tendance, mais n'est pas sans valeur.
        Nous retrouvons bien le même type de profil avec une forte prédominance verbale, chute traditionnelle au Code et Symboles à + 2,56 pts, les deux cotant pourtant pour le même secteur de capacités. Comme pour le WISC III, Code est légèrement meilleur chez les filles, tout comme Symboles.
      Une contradiction apparaît chez les filles quant à la mémoire entre les niveaux de Mémoire des chiffres et Séquence Lettres-Chiffres qui signent pourtant pour le même secteur d'aptitudes.
         La chute des filles à Compréhension renforce notre hypothèse d'une plus grande inhibition des filles par conformation au groupe-classe, il serait donc important de conserver, lors de la passation, le subtest Information (devenu facul- tatif) pour mieux statuer.
       L'écart de QIT entre les filles et les garçons, pour le WISC IV est plus important : + 8,07 (au bénéfice des garçons) que pour le WISC III : + 0,88 (au béné- fice des filles), mais vraisemblablement en raison du faible nombre.

En comparant les subtests restés identiques dans les deux versions, outre l'écart de niveau dû à une forte proportion de QI élevés sur notre échantillon W4, le profil reste cependant similaire.

Le passage du WISC III au WISC IV ne semble donc pas apporter de grands changements et conforte les analyses précédentes.

Cependant, le faible nombre de sujets de l'étude sur le WISC IV ne permet pas de statuer de manière forte, même si les indicateurs donnent les mêmes ten- dances globales. Une étude plus approfondie sur la nouvelle version sera donc nécessaire, elle est programmée.







Conclusion


Malgré ses limites, le Wechsler reste de loin le test le plus utilisé et le plus pertinent pour la détermination et la mesure du surdouement intellectuel. N'ayant pas été conçu exclusivement dans cette optique, il va de soi qu'une population surdouée réagira différemment de l'échantillon du test et ce sont justement ces différences qu'il était intéressant de mesurer.

Nous avons répondu dans le cours de l'étude à nos huit questions initiales, il est temps maintenant d'en faire la synthèse à la lumière des éléments apportés par ce travail et de sa confrontation avec d'autres sources.

Le surdouement étant avant tout un ensemble de comportements spécifiques bien que complexes, parfois contradictoires, il importe donc dans la mesure où le test est un instrument de compréhension de la personne et pour une bonne part révélateur de son identité propre et non un couperet de concours, de ne pas se contenter de statuer sur la seule foi d'un QIT, non plus que sur les trois QI : V, P et T. D'autant plus quand le QIT se situe en dessous de 130/125, en raison de blocages ou de masquages à l'expression de certaines hautes aptitudes qui, dans l'attente d'une prise en charge adaptée, restent latentes, mais bien réelles.

Seule l'étude attentive du profil des notes standard permet de statuer avec pertinence et évite de laisser de côté les personnes qui ont le plus besoin d'aide et de reconnaissance de ce qu'elles sont profondément.

Plutôt que de fixer un seuil forcément arbitraire à 125 ou à 130, pour une simple raison de symétrie mathématique avec la déficience intellectuelle, toute note - hors Code - égale ou supérieure à 13 doit sérieusement attirer l'attention. Quand bien même il n'y en aurait que quelques unes, il ne s'agit pas de surinvestissement comme le pense certains : car, comment surinvestir ce que l'on a pas et y être très efficient ? Mais plutôt de considérer les notes plus basses comme sous-investies par blocage, inhibition, conformation, normalisation, en raison de pressions sociales longuement subies, ce que Robert Pagès nomme le psychochômage.

Le passage du WISC III au WISC IV ne semble pas changer fondamentalement nos analyses, cependant une nouvelle étude sur la dernière version est à effectuer pour statuer plus fortement.

Il ne s'agit pas, comme ne manqueront pas de l'objecter certains de gonfler outrageusement le nombre d'enfants surdoués en abaissant les seuils, mais d'apporter à des individus en souffrance les réponses qui permettront et de leur rendre leur identité réelle et de leur donner, ainsi qu'à leurs parents et enseignants, les outils de compréhension de leurs particularités et des aides adaptées quand elles sont nécessaires.

Le WISC III ou IV, ne sont pas des instruments de sélection, mais des outils de compréhension de la personne, de détection de ses capacités quel qu'en soit le niveau, pour lui apporter l'intelligence de sa complexité, orienter les aides utiles et ne laisser personne sur le bas-côté. Les enfants surdoués ne sont pas les membres d'un club très sélect, avec droit d'entrée exclusif à 130, promis aux plus hautes destinées sociales. Si l'avers de la médaille peut attirer par sa brillance, le revers est souvent bien sombre, en l'absence de reconnaissance et de prise en compte de leur véritable identité. La psychologie ne peut demeurer une science humaine qu'en ne sombrant pas dans la mystique des nombres-couperet pour rester ... humaine.

Pierre Morin
© acsis-pm 2008, revu14/03/2011, 01/06/2011 et 03/2012



Traduction R.M.

In spite of its limits, Wechsler remains by far the most relevant and most used for determining and measuring intellectual giftedness. Not having been exclusively designed for this, it is understandable that a gifted poulation will react differently from the test's global sample and it is exactly these differences that were interesting to observe and measure.

We answered our eight initial questins in the course of the study, it's now time to synthetize in the light of elements brought by this work and to confront it with other sources.

Giftedness being above all a set of specific (although complex) behaviors, sometimes contradictory, it is thus important, because the test is a instrument of understanding of the person's behavior and for a good part revealing of its identity and in no way a competition, not just to rule on the only behalf of a TIQ, neither on the three IQs : V, P and T. Especially when TIQ is situated below 130/125, because of blocking or masking certain high abilities which, looking forward to adapted care, remain latent but real.

Only a careful study of the standard grades' profile allows to rule accurately and avoids leaving aside people who need the most help and recognition of what they are.

Rather than fixing a necessarily arbitrary threshold at 125 or 130, for simple reasons of mathematical symmetry with intellectual deficiency, any grade - except Code - equal or superior to 13 has to seriously attract attention. Even though there woudln't be many, it is not about overinvestment as some would think : how overinvest what one doesn't have and be very efficient at it ? But rather than considering lower notes as sub-invested by blocking, inhibition, conformation, normalization, because of long time undergone social pressure, what Robert Pagès names the psychochômage (psycho-unemployment).

Switching from WISC III to WISC IV doesn't seem to fundamentally change our analyses, however, a new study on the latest version is to be made to rule more accurately.

It is not about, as some will object, extravagantly inflating the number of children considered gifted by lowering thresholds, but about bringing to individuals standing out the answers which will allow to return their real identity to them and to give them, as well as to their parents and teachers, the tools to understand their peculiarities and the adapted help when necessary.

WISC III or IV are not instruments of selection but tools of understanding of a person and detection of its capacities whatever their level is, to bring this person intelligence of its complexity, to direct useful help and to leave nobody behind. Exceptionnally gifted children are not members of a selective club with exclusive entrance rights at 130 and above, promised to the highest social destiny. If the front side of the medal can attract by its shine, the backside is often quite dark, in the absence of recognition or consideration of one's real identity. Psychology can only remain a human science by not sinking into mystics of number-chopping to remain... human.


Notes
(1) Bessou (A), Montlahuc (C), Louis (J), Fourneret (P), Revol (O), in Profil psychométrique de 245 enfants intellectuellement précoces au WISC-III ; A.N.A.E., 2005 ; 81 ; 23-28.
(2) Kostogianni (N), Daoudi (A), Andronikof (A), in Profil intellectuel et relations interpersonnelles chez des enfants et des adolescents surdoués ; Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, Présentation, vol 57, n°5, p. 379-384 (2009).
(3) Selon la table de Delandsheere in Dictionnaire de l'évaluation, PUF, 1979.
(4) Terrassier (Jean Charles) in L'enfant surdoué ou le précocité embarrassante, ESF, 1981.
(5) Grégoire (Jacques), Docteur en psychologie, professeur à la Faculté de psychologie & des sciences de l'éducation & vice-recteur de l'Université catholique de Louvain, en Belgique. In : Come interpretare la differenza fra QI Verbale e QI di Performance alla WISC-R. Bollettino di Psichologia Applicata, 16, 17-22,
( 1994 ).
(6) Le terme de Performances pouvant laisser entendre en français que c'est la seule échelle indiquant une quelconque performance et s'avérant une mauvaise trauction de l'anglais "to perform" qui signifie : exécuter, je préfère utiliser le terme "intrumental" dans la mesure ou le type de subtests proposés fait usage de la manipulation d'objets (images, puzzle, cubes, etc.) pour obtenir une mesure.
(7) Gauvrit (
Alain), psychiatre des hôpitaux, Institut Beaulieu, in Le complexe de l'Albatros, IIe Congrès Eurotalent, Milan, 1993. Ses travaux sur le devenir des enfants de Beaulieu a servi de base à l'excellente étude de Marie-Claude Vallet. Voir : LESSP Identité sociale.
(8)
Auduc (Jean-Louis) Filles et garçons dans le système éducatif français : une fracture sexuée. Lien vers l'étude.
(9) Statistique Canada, in Réussite scolaire : l'écart entre les garçons et les filles. 2004.  Lien vers l'étude.
(10) LESSP : L'enfant surdoué singulier, pluriel, Approches et Profils ; Pierre Morin, 2010, édit. PMaé.
(11) Kostogianni (N) et
Andronikof (A) in : Estime de soi, centration sur soi et ajustement socioaffectif des enfants et des adolescents surdoués. Laboratoire IPSé, UFR SPSE, université de Paris-X Nanterre, 2009.