Introduction


Comprendre

Le Comportement

Les Concepts
Du flou... au pire
Ce qui se conçoit...
Bien discriminer...

La Psychométrie


Le poids sociétal


Accompagner

Former


Informer


Annexes







Comprendre


Concepts et terminologie

Le surdouement est un domaine complexe, sa bonne compréhension ne peut se faire que par une réelle approche pluri- disciplinaire : physiologique, psychologique, sociopsychologique, éducative et pédagogique. Or, l’enfermement des spécialités dans leur secteur d’intervention, leur manque de coopération outrancier, ne facilite pas les choses pour une compréhension et une action qui doivent prendre en compte l'ensemble des champs évoqués.


Du flou... au pire !

Le flou certain de la terminologie employée en ce domaine est hautement préjudiciable. Pour nommer les ± 2,37% ou les 4,78%
(selon les auteurs et les seuils choisis) de la population générale, pourvus d'une efficience intellectuelle très supérieure, ont fleuri des appellations aussi diverses et parfois malvenues que :

douées
mais que sont les 95% restant ? Non-doués, sous-doués ? Humainement inacceptable !
bien douées même commentaire...
HP (Haut potentiel) laisserait entendre qu'il s'agirait seulement d'une possibilité... sans réalisation.
EIP (Enfants intellectuellement précoces) quid des adultes ? Alors que cette particularité perdure toute la vie. Laisserait entendre qu'après 17 ans il y aurait retour à la moyenne, ce qui est totalement faux.
HQI (Haut Quotient Intellectuel) trop restrictif, une personne n'est pas qu'un QI. Quid des autres aspects spécifiques ?
zèbres les personnes surdouées ne constituent pas une espèce zoologique à rayure.
indigo les surdoués seraient pourvues d'une aura bleue. En 17 ans, je n'ai jamais perçu la moindre aura, de quelque couleur qu'elle soit, mais sans doute ne fumai-je point assez hallucinogène. Attention, mouvement sectaire aussi grotesque que californiesque.
surnormales terme employé par Binet, élimine la pathologie, mais il ne dit rien de la spécificité.
APIE (Atypique Personne dans l'Intelligence et l'Émotion ne dit rien de la typicité, un sujet autiste, Alzheimer ou trisomique est aussi APIE.
PESM (Personne Encombrée de Surefficience Mentale mental indique l'ensemble des facultés cérébrales ce qui n'est pas le cas et ce qui encombre n'est pas l'intellect, mais la mauvaise gestion émotionnelle ou la mésadaptation psychosociale.

Chacun y va donc de son propre terme pour se différencier des autres, mettant en avant tel ou tel aspect plutôt que la globalité et entretenant la confusion au détriment même du domaine qu'elles croient ainsi mieux servir (Ah ! Le règne de l'ego !).



« Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. » [1]

Derrière les mots, se cachent les concepts, il importe donc de clarifier les uns et les autres et d'assurer une cohérence qui cor- respondent également aux réalités tangibles. C'est à cette tâche que se sont attelés les experts d'Eurotalent, en premier lieu Robert Pagès et, ici, Jean Brunault [2] :

« Comme tous les enfants ont leur lot d’aptitudes, tous sont doués : il ne convient pas de distinguer des enfants doués (gifted en anglais) et d’autres qui ne le seraient pas (donc ungifted). C’est pourtant ce qu’on risque de dire (et ce qu’on a lu quelquefois dans la même langue) quand on parle simplement d’enfants doués. C’est pourquoi nous sommes convenus de parler des enfants plus doués ou surdoués à tel ou tel égard. »

Crée en 1970, par le neuropsychiatre Julian de Ajuriaguerra :
« On appelle enfant surdoué celui qui possède des aptitudes supérieures qui dépassent nettement la moyenne des capacités des enfants de son âge. » Ce terme est celui qui définit le mieux la surefficiences intellectuelle dans sa spécificité et sa globalité. Certains, par frilosité, ont préféré précocité, mais Bru- nault & Pagès [3] en repoussent l'emploi :

« La considération du douement et de son traitement individuel et social la vie durant a été la justification principale de notre refus de réduire le surdouement à la précocité de l’intelligence [...] »

Ainsi, nous sommes-nous arrêtés sur le terme de
surdoué parce que : scientifiquement et humainement le plus juste, construit selon les règles, global (et non décrivant un seul un aspect particulier  : HP, HQI, précoce, etc.) et déclinable : surdouement, douement, douage, douistique, douance, etc. Il prend en compte la personne dans tous ses aspects : intellectuel, certes, mais aussi psy- chosociorelationnel, comme en terme psychopédagogique.


Bien discriminer

Certains termes sont tenus pour synonymes ou équivalents, alors qu'il n'en est rien, ce qui entrainent confusion, incompré- hension et  interventions inadaptées. Notamment ces quatre mots-clés :

aptitudes - capacités - compétences - talent

Le tableau, ci-après, donne un aperçu de la nécessité de bien les différencier, car ils ne recouvrent pas les mêmes choses :




Il ne s'agit pas de querelles byzantines sur le sexe des anges, mais, si l'on veut comprendre et aider les personnes surdouées, il importe fortement de commencer par éliminer ce flou terminologique, produit d’un manque de discrimination conceptuelle, qui entraîne des prises de positions plus idéologiques ou fantasmatiques que scientifiques et éducatives. Aussi, l’ima- ge du surdouement dans le public, comme chez les professionnels de l’éducation ou de la santé, résulte-t-elle, le plus souvent, de stéréotypes ou d’amalgames qu’elle n’est le reflet de réalités tangibles, de connaissances réelles et assi- ses sur un corpus théorique solide, scientifique et spécifique.

La publication, par Eurotalent, en juillet 1998, d’un document intitulé : Du Don au Talent [4], devait synthétiser la création de termes justes s'appuyant sur des concepts clairs et discriminants, qui rende compte des réalités concrètement rencontrées, pour faire avancer la compréhension du phénomène et, partant, la prise en charge des difficultés rencontrées par les enfants et les adultes surdoués, comme pour faire évoluer leur image sociale et sociétale.

Notes
[1] Nicolas Boileau, (Art poétique, Chant I).
[2] J. Brunault, in Lettre à M. T. Hadjidemetriou, Rapporteur de L’éducation des enfants particulièrement doués dans le système d’enseignement ; Commission de la Culture et de l’Éducation du Conseil de l’Europe ; 1993; p. 3.
[3] J. Brunault & R. Pagès : Bilan et projet à la suite d’une mission Eurotalent à Moscou ; Eurotalent, 1995 ; p. 4
[4] Jean Brunault, Adriana Mélo-Salinas, Pierre Morin, Robert Pagès, Marie-Claude Vallet : Du Don au Talent, 1998, Éd. Eurotalent.